T'es-tu déjà tellement laissé emporter par un film que tu en as oublié que tu étais assis dans un cinéma ?

Il y a des milliers d'années, des penseurs en Inde ont développé le Samkhya, un système philosophique qui nous demande de regarder le monde comme une immense pièce de théâtre. Ils pensaient que l'essentiel de notre tristesse vient du fait que nous oublions que nous sommes le public, et que nous croyons à tort être les acteurs sur l'écran.

Imagine que tu te promènes dans une forêt dense de l'Inde ancienne, il y a plus de 2 500 d'années. Tu pourrais y trouver un groupe d'élèves assis en cercle sous un banian, écoutant un professeur expliquer pourquoi le monde existe.

C'est là qu'est né le Samkhya, l'une des écoles de pensée les plus anciennes et les plus influentes de l'histoire de l'Inde. Cela n'a pas commencé dans un laboratoire ou une université moderne, mais dans des moments de calme, d'observation et de réflexion profonde.

Le saviez-vous?
Un jeune sage assis paisiblement sous un arbre.

Le fondateur légendaire du Samkhya était un sage nommé Kapila. La légende raconte qu'il est né avec la connaissance totale de l'univers et qu'il n'avait pas besoin d'aller à l'école car il comprenait déjà comment tout fonctionnait !

Le mot Samkhya signifie en réalité « nombre » ou « énumération ». C'est parce que les premiers philosophes qui l'ont créé voulaient lister chaque chose qui compose notre réalité, de la poussière sous nos ongles à la façon dont nous nous sentons quand nous sommes heureux.

Ils étaient comme des comptables cosmiques, essayant d'équilibrer les comptes de l'univers. Ils voulaient savoir exactement de combien de « parties » un être humain était constitué et comment ces parties s'assemblaient.

Finn

Finn says:

"Si ces philosophes comptaient tout, est-ce qu'ils ont fini par terminer ? Existe-t-il un chiffre pour la sensation d'un glaçon froid sur la langue ?"

La Grande Division : Les deux parties de toute chose

Au cœur du Samkhya se trouve une grande idée appelée le dualisme. C'est la conviction que tout dans l'univers peut être divisé en deux catégories complètement différentes qui ne se mélangent jamais vraiment, même si elles semblent le faire.

La première catégorie est appelée Purusha. Pense à Purusha comme à la conscience pure ou « Celui qui regarde ». Il ne fait rien, il ne change pas, et il ne peut être ni blessé ni brisé. C'est la partie de toi qui est juste « là », témoin de tout ce qui arrive.

Ishvara Krishna

L'esprit est le témoin, séparé, un spectateur, inactif et non-agent.

Ishvara Krishna

Écrit dans la Samkhya Karika vers 350 apr. J.-C., Krishna a utilisé ces mots pour expliquer que notre moi profond ne 'fait' rien en réalité ; il fournit simplement la lumière pour que nous puissions voir.

La deuxième catégorie est appelée Prakriti. C'est tout le reste. Cela inclut les arbres, les étoiles, ton corps physique, et même tes pensées et tes sentiments. Prakriti est comme un maître artiste qui peint, change et bouge constamment.

Alors que Purusha se contente de regarder, Prakriti fait tout le travail. Si tu cours une course, tes poumons qui respirent et tes jambes qui bougent font tous partie de Prakriti. Le « toi » silencieux qui sait que tu es en train de courir, c'est Purusha.

Imaginez
Un enfant regardant une pièce de théâtre depuis le public.

Imagine que tu es au théâtre. Le rideau s'ouvre, les acteurs crient et la musique monte. Tu peux avoir peur ou être heureux pour les personnages. Mais pendant tout ce temps, tu es assis dans un fauteuil en velours, parfaitement en sécurité. Le Samkhya dit que ta vie est la pièce, et que tu es la personne dans le fauteuil.

Les trois Gunas : Les saveurs de la nature

Si Prakriti est l'artiste, elle possède trois couleurs principales sur sa palette qu'elle utilise pour créer tout ce que nous voyons. Ces couleurs sont appelées les Gunas. Chaque chose dans le monde est faite d'un mélange de ces trois qualités.

D'abord, il y a Sattva. C'est la qualité de la lumière, de la clarté et de la gentillesse. Quand tu te sens calme, curieux, et que tout te semble logique, c'est Sattva qui travaille dans ton esprit.

Mira

Mira says:

"Sattva, on dirait cette sensation quand on finit enfin un puzzle et que tout s'emboîte parfaitement. C'est le moment 'eurêka !'."

Ensuite, il y a Rajas. C'est la qualité de l'énergie, du mouvement et de la passion. C'est ce qui fait entrer un volcan en éruption, ce qui fait voler un oiseau, et ce qui te rend excité (ou même un peu en colère) quand tu joues à un jeu.

Enfin, il y a Tamas. C'est la qualité de la lourdeur, de l'obscurité et de l'immobilité. C'est la raison pour laquelle nous dormons, la raison pour laquelle les pierres ne bougent pas, et parfois la raison pour laquelle nous nous sentons paresseux ou confus.

Essayez ceci

Regarde autour de toi dans ta chambre et trouve trois choses : une qui est très immobile (Tamas), une qui bouge ou qui est brillante (Rajas), et une qui te fait te sentir apaisé (Sattva). Tout est un mélange de ces trois-là !

Le problème du miroir

Si Purusha n'est qu'un observateur et que Prakriti est celle qui agit, pourquoi sommes-nous si stressés ? Le Samkhya dit que c'est parce que nous les confondons. Cette confusion est la racine de tous les problèmes humains.

Imagine un magnifique diamant transparent posé à côté d'une fleur rouge éclatante. Le diamant est en réalité incolore, mais parce qu'il est si proche de la fleur, il semble rouge. Si le diamant pouvait parler, il dirait peut-être : « Oh non, je deviens rouge ! »

Ancien dicton Samkhya

La nature est comme une danseuse qui, après s'être montrée au spectateur, cesse sa danse.

Ancien dicton Samkhya

Cette célèbre analogie compare le monde physique à une danseuse. Une fois que 'celui qui regarde' comprend vraiment ce qu'est la danse, la danse a terminé son travail et l'observateur est libre.

Dans cette histoire, tu es le diamant (Purusha). Tes sentiments, comme la tristesse ou la colère, sont la fleur rouge (Prakriti). Tu n'es pas réellement triste, mais tu es si proche du sentiment de tristesse que tu penses que tu es la tristesse.

Le Samkhya enseigne que le but de la vie est le discernement. Cela signifie apprendre à faire la différence entre celui qui regarde et le film. Quand tu réalises que tu n'es que le témoin, le « rouge » du monde s'arrête de te déranger autant.

Mira

Mira says:

"C'est comme être dans un jeu vidéo. Mon personnage peut tomber dans un trou, mais je suis toujours assis sur mon canapé avec la manette. Je suis en sécurité, même si le jeu est difficile."

Comment le monde a commencé (selon le Samkhya)

Contrairement à d'autres philosophies, le Samkhya ne se concentre pas sur un dieu créateur qui aurait construit le monde avec de l'argile. À la place, il décrit un processus d'évolution. Ils croyaient que le monde s'est « déployé » comme une fleur qui s'ouvre.

Tout a commencé quand les trois Gunas ont perdu leur équilibre. Lorsqu'ils ont commencé à tourbillonner et à se mélanger, ils ont créé l'intellect, puis le sentiment du « moi » (l'ego), et enfin les cinq sens et le monde physique que nous touchons.

Deux côtés
La vision matérialiste

Le cerveau crée l'esprit. Quand le corps s'arrête de fonctionner, le 'toi' à l'intérieur s'arrête d'exister aussi.

La vision Samkhya

L'esprit et le corps sont juste des vêtements que l'Observateur (Purusha) porte. L'Observateur est éternel et ne meurt jamais.

Grâce à cela, les philosophes du Samkhya ont été parmi les premiers à réfléchir au fonctionnement de l'esprit. Ils ont réalisé que nos yeux et nos oreilles ne sont que des outils, et qu'il y a quelque chose de plus profond à l'intérieur qui utilise ces outils pour comprendre le monde.

Ils ne voyaient pas le monde comme une erreur ou un endroit mauvais. Ils le voyaient comme une performance grandiose donnée par Prakriti pour aider Purusha à réaliser qui il est vraiment. C'est comme un parent qui organise un spectacle de marionnettes pour donner une leçon à un enfant.

À travers les âges

800 - 500 av. J.-C.
Les premières idées du Samkhya commencent à apparaître dans les Upanishads, d'anciens textes indiens sur la nature de la réalité.
500 av. J.-C.
On dit que le sage Kapila a vécu à cette époque, organisant ces idées en un système de pensée formel.
350 apr. J.-C.
Ishvara Krishna écrit la Samkhya Karika, le livre le plus célèbre sur le sujet, que l'on étudie encore aujourd'hui.
De 1900 à aujourd'hui
Le Samkhya devient une influence majeure sur la psychologie mondiale et la pratique de la philosophie du Yoga à travers le monde.

Le voyage à travers le temps

Le Samkhya est si ancien que ses idées sont tissées dans presque toutes les autres philosophies indiennes. Si tu as déjà entendu parler du Yoga, tu vois en fait le Samkhya en action.

Alors que le Samkhya fournit la carte (les idées), le Yoga fournit les chaussures pour la randonnée (la pratique). Le Yoga utilise les règles du Samkhya pour aider les gens à calmer leur esprit afin qu'ils puissent enfin voir l'Observateur clairement.

Le Mahabharata

Il n'y a pas de connaissance égale au Samkhya, et pas de puissance égale au Yoga.

Le Mahabharata

Cette phrase tirée d'une grande épopée indienne montre à quel point les gens respectaient cette école. Ils croyaient que savoir comment le monde est construit (Samkhya) était la forme de savoir la plus élevée.

Dans le monde moderne, certains scientifiques et penseurs s'intéressent à nouveau au Samkhya avec un regard neuf. Ils sont curieux de voir comment ces anciens philosophes parlaient de la conscience comme d'une chose séparée du cerveau physique.

Même si nous avons aujourd'hui des vaisseaux spatiaux et des ordinateurs, la question centrale du Samkhya demeure. Quand tu te regardes dans le miroir, regardes-tu un corps qui possède un esprit, ou es-tu un esprit qui possède un corps ?

Le saviez-vous?

Le Samkhya est une école 'athée', ce qui signifie qu'elle n'a pas besoin de la croyance en un Dieu pour fonctionner. Elle se concentre entièrement sur les lois de la nature et la réalité du soi.

Le Samkhya ne veut pas que tu croies simplement ce qu'il dit. Il veut que tu le testes. Il te demande de t'asseoir tranquillement et de regarder tes pensées passer comme des nuages. Si tu peux voir les pensées bouger, alors tu ne peux pas être ces pensées, n'est-ce pas ?

Cette réalisation apporte une paix étrange. Cela signifie que peu importe à quel point le monde devient bruyant ou désordonné, la partie de toi qui est vraiment « toi » est toujours en sécurité, toujours calme, et toujours en train de regarder la danse.

À méditer

Si tu es l'observateur et non les choses que tu fais, est-ce que cela change ce que tu ressens quand tu fais une erreur ?

Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Remarque simplement ce que cela fait de te considérer comme le 'public' de ta propre vie pendant un instant.

Questions sur Philosophie

Le Samkhya est-il une religion ?
C'est une école de philosophie. Bien qu'il se soit développé aux côtés de l'hindouisme et partage nombre de ses idées, le Samkhya ressemble plus à un système logique ou à une forme ancienne de psychologie qu'à une religion avec des rituels.
Quelle est la différence entre le Samkhya et le Yoga ?
Pense au Samkhya comme au manuel scolaire et au Yoga comme à l'expérience en laboratoire. Le Samkhya explique comment le monde est construit, et le Yoga te donne les exercices (comme la respiration et la méditation) pour expérimenter cette réalité par toi-même.
Le Samkhya croit-il en la réincarnation ?
Oui. Il suggère que l'« Observateur » (Purusha) continue d'être emporté dans de nouveaux « films » (vies) jusqu'à ce qu'il réalise enfin qu'il n'est qu'un spectateur et qu'il n'a plus besoin d'être dans le film.

Le spectateur infini

Le Samkhya nous invite à une forme de liberté très spéciale. Il nous dit que même si le monde autour de nous changera toujours, bougera et sera parfois déroutant, il y a une partie de nous qui est aussi immobile qu'une montagne et aussi claire qu'un miroir. Tu n'es pas seulement la danse ; tu es celui qui en voit la beauté.